2016, Karma walks with me.

Parfois je dis aux gens que je rencontre : les hommes font des plans et les dieux se marrent. C’est de la connerie, je ne crois qu’au Karma, mais ça à le mérite de bien résumer ma vie.

Me revoilà pour le résumé d’une nouvelle année sidérante.

 

 

Un peu de contexte : Au début de ce compte rendu, je vis depuis 3 ans à Berlin avec mon compagnon, ma carrière et ma vie sont à peu près sur des rails et si le quotidien n’est pas toujours éclatant, le futur n’est pas effrayant : je sais où je vais. J’ai atteint un état général potentiellement dangereux : la satisfaction.

 

 

1er janvier, rupture difficile, écrasante. Je suis alors à Strasbourg et le futur m’échappe.

 

Aucune idée de quoi faire de mes affaires, de moi même.

Une relation qui s’arrête, après tant d’années, c’est une vie qui disparait, des décisions radicales s’imposent.

Je passe à Berlin faire table rase du passé, je donne mes vêtements, mes livres, je jette 20 ans d’archives, de carnets de croquis. Je n’ai jamais eu le talent de certains pour remplir de dessins délicats des carnets de notes de toutes façons, ils sont plus symboliques qu’autre chose.

 

Très vite je réalise que je ne veux pas retourner définitivement à Strasbourg pour le moment. Je ne resterai pas à Berlin non plus, je ne m’y suis jamais sentie chez moi.

Puisqu’avec le reste j’ai aussi perdu mon atelier que j’adorais, je décide de faire du monde mon poste de travail. Je lance le hashtag #randomofficeofdaday et commence à hanter des endroits improvisés .

Je prends alors une décision ; En Avril, je prendrai la route et entamerai mon premier tour du monde. J’ai toujours voulu voyager, à la manière des aventuriers de la littérature romantique allemande. Sans me presser, sans contrainte, sans date de retour et sans attaches.

En attendant, mes amis m’hébergent les uns après les autres. J’ai l’impression d’être portée, maintenue debout par les mots, les attentions que l’on m’envoie.

Je passe un mois à Strasbourg, une semaine à Paris, 3 mois à Toulouse.

 

En janvier, je peins 10 pages pour la série Marvel sur laquelle je travaille depuis à peu près deux ans, une couverture pour Black Widow, et une autre pour Gallimard.

Durant les 3 mois qui suivent, je peindrai multiples couvertures, pages de comics et illustrations. Dans les cafés, dans les trains, dans des avions, sur un coin de table dans l’atelier de Stéphane Perger, sur le canapé de Christelle Pécout et Elvire Decock, sur le lit de ma chambre d’enfant chez mes parents, sur la table à manger de mon amie Pauline..

Quel que soit mon état, le travail ne s’arrête pas. En soi, c’est une chance. Je sais que je fais partie d’une petite minorité d’illustrateurs qui vivent correctement de leur travail, j’aurais tort de me plaindre, mais travailler est dur. Il me faudra plusieurs mois avant de retrouver un niveau correct.

Kieron Gillen me commande un one shot pour sa série The Wicked And The Divine pour fin juillet

Je fais aussi des essais pour un gros projet pour Riot Game et reçois mon premier assignement pour Vertigo : le tome 6 de Lucifer.

Je boucle la série Angela. Tout ça sur mon cintiq companion.

En mars, je pars à la convention de Chicago ou je fais le plein de liquidités pour financer mon voyage, un autre passage au Toulouse Game Show début avril et me voici aussi prête que possible.

Je laisse mes affaires chez des amis. Désormais ma vie tient dans 17 cartons et 4 ordis. Et dans une très grosse valise.

Je commence en mars également les couvertures de la série Aliens Defiance pour Dark Horse.

Et prends l’avion en plein bouclage, le 14 avril.

Direction le Japon.

Sur place, je fête les cerisiers en fleurs ( Hanami ) avec la communauté Amécomi tokyoite et passe mon premier Week end à Kamakura chez une amie illustratrice après avoir négocié un délai pour Lucifer.

Je passe les premiers 15 jours à Tokyo ou je travaille d’arrache-pied la nuit pour finir mes pages. ça me laisse un peu de temps pour visiter, la journée.

Mon premier appartement est un cocon à Minato-ku, juste au dessus d’un Family Mart, petit supermarché de proximité ouvert H24.

J’ y descend souvent en pleine nuit pour un thé chaud ou quelque chose à grignoter, ça m’aide à tenir.

J’accepte puis renonce à participer à une anthologie sur American Vampire. Les délais sont courts et je tâtonne encore pour trouver mon nouveau rythme de travail.

Je découvre mon premier espace de coworking à Minato Ku, Un grand batiment en verre, très lumineux, totalement gratuit. Ces lieux de travail partagés deviendront une habitude lors de mes prochains voyages. Ils structureront mes journées.

Je rencontre plus de gens en deux semaines au japon qu’en 3 ans à Berlin et petit à petit, je m’habitue à mon nouveau quotidien

Le 1er mai, je participe à une scéance de signatures à la seule librairie comics de Tokyo. Ça paie mon loyer pour le reste de mon séjour.

Le 2 mai, je prends le train pour Kyoto, ou je m’installe pour deux mois dans un petit studio sans chichi.

Le 3 mai, mon ordinateur rend l’âme.

C’est forcément à ce moment qu’on me commande une couverture en urgence pour « vote Loki ».

Je pars du principe que cette année a déjà usé son quota de calamités et j’accepte. ça ne peut que s’arranger.

Je pars acheter du papier au cas où et décide de m’arrêter à un meetup en revenant.

Le site meetup fait partie de mon couteau suisse de voyageuse. C’est un moyen simple de faire des rencontres et de tenter de nouvelles choses. Ce soir là, ce sera jeux de plateau.

Sur place, je rencontre un Français qui travaille pour Nintendo. Il n’est pas artiste mais connait quelqu’un, en France qui a habité à Kyoto et qui pourrait m’aider.

7 heures de décalage le trouvent réveillé en France.

Il va contacter une artiste qui travaille pour une boite de jeux vidéos à Kyoto et qui, c’est ma chance, ne dors clairement pas assez.

Elle accepte de me prêter un macbook et une tablette.

On se donne rdv le lendemain et c’est comme ça que je rencontre Marie-Aurore et Jaymin avec qui je resterai amie, jusqu’ici et pour toujours si possible.

3 jours plus tard, ma couverture est finie.

 

Durant ces trois jours, j’ai remué l’ensemble de mon carnet d’adresses et pu rentrer en contact avec le responsable des relations artistiques de Wacom Japon grâce à CB Cebulski, le recruteur international pour Marvel.

Il accepte de me prêter un cintiq companion en attendant que le mien soit réparé et je peux reprendre un rythme aussi normal que possible dans le chaos qu’est devenu ma vie.

 

Je teste quelques espaces de travail à kyoto, et fini par trouver mon rythme dans un ancien atelier de kimono converti en espace de coworking.

Il y a un beau jardin, de grands Imacs en libre service et le gérant est un cosplayer crossdresser. Je ne pouvais pas mieux tomber.

L’endroit est encore très confidentiel, la chaleur et l’humidité de Kyoto me bercent. Parfois, entre deux travaux, dans l’apres midi, je fais une sieste sur les tatamis à l’étage. Dans les odeurs de bois des maisons de kyoto.

Je finis souvent mon travail au Starbucks qui ferme plus tard et m’offre la possibilité de conclure ma journée sur une note sucrée..

En juin, je pars 10 jours en chine pour assister à la convention de Pékin, ce qui financera mes deux prochains mois de voyage.

 

Je decouvre que je suis capable de m’installer en 2 jours à peu près n’importe où.

Je travaille sur mon découpage, sur une illustration pour une boite de communications mais le pare feu chinois est plus puissant que je n’aurais pensé et tous mes mails restent coincés. Pareil pour les dossiers. Un vpn me permet de remédier au premier problème, mais pour le second, le reste du monde devra prendre son mal en patience.

 

De retour à Kyoto, je finis le découpage de Wicked and the Divine et celui de League of Legends.

Les designs des nouveaux personnages de Wicked and The Divine tardent à arriver et je commence à paniquer.

Je quitte Kyoto le 30 juin, la mort dans l’âme. J’y ai vécu des moments merveilleux, comme si la vie s’était mise un peu en pause, dans ces lieux magiques où j’ai cru un instant retrouver celle que j’avais été, il y a 10 ans. Toute une vie.

J’atterris à Seoul en pleine saison des pluies.

Je retrouve JD Morvan sur place, qui me présente aux membres de l’atelier Superani : Le studio de Kim Jung GI.

À ce moment là j’entame concrètement le tome de Wicked and the Divine promis. Les designs en retard n’ont pas aidé et ont tout décalé;

Plus tard en pensant à cette période, je répondrai à chaque fois que l’on me diras qu’il fait chaud quelque part, « hé, j’ai survécu à l’été de Séoul ! ».

Ce n’est pas une blague.

La chaleur moite est incroyable, intenable, je dors une grande partie de la journée et travaille la nuit dans les cafés coréens. J’ai de la chance, Seoul vit au bord de la deadline, et est visiblement adaptée aux oiseaux de nuit et il y a un grand nombre de cafés ouverts H24 où l’on peut travailler tranquille jusqu’à l’aube pour une conso. On peut même amener sa nourriture.

Je suis rarement seule à suer la nuit sur mon ordinateur.

Je déjeune souvent au marché couvert de Jongo gnu, je vois parfois les artistes du studio superani. Je n’ai pas eu beaucoup le temps de nouer des contacts comme à Kyoto mais je ne me sens pas seule.

C’est une période intense à tous niveaux. Émotionnellement, la fatigue me retourne. Je réalise que le Japon était un cocon mais que je dois maintenant reprendre contact avec la réalité. C’est dur.

 

Mi aout, mes mains me lâchent.

 

Mes doigts me font mal depuis le japon mais je n’y ai pas vraiment fait attention. Des douleurs au réveil, d’abord au majeur de la main droite, puis l’annulaire, et puis progressivement, l’autre main aussi. Et ça ne passe pas.

Le bouclage intensifie les douleurs qui deviennent presque constantes .

Je ne saurais jamais ce que j’ai eu exactement. J’ai passé des radios qui ont éliminé l’arthrite précoce, qui était ma crainte la plus grande. Un spécialiste me donne des exercices à faire qui ressemblent à ceux pour lutter contre le syndrome du canal carpien. ça et les médicaments qu’il me prescrit me soulagent un peu.

Je finis mes 26 pages en me demandant si j’ai été à la hauteur et en n’en ayant foutrement aucune idée. Je suis juste contente d’avoir fini. Pas le temps de finauder, je dois avancer sur League of Legends.

 

DC comics me commande un tome de Batman et Marvel un tome de Scarlett witch; ça va etre serré.

 

Fin Aout, je quitte Seoul, pour Singapour. Je suis accueillie par la communauté de comic books fans locale avec chaleur.

Je loge chez un couple de lecteurs. ça fait longtemps que je n’ai pas cohabité avec quelqu’un mais ce mois là passe à toute vitesse, sans aucune fausse gène. je nage parfois durant la journée, ça fait des miracles sur mes mains, je travaille sur mes pages au Starbucks local. .

De tout ce que j’aurais fait cette année, mon mois de septembre à Singapour restera le plus joyeux de mes souvenirs. C’est là que je me suis dit la première fois que je passais à autre chose, j’ai rencontré des gens merveilleux, découvert des lieux improbables, et aussi, appris la vraie acceptation de l’autre. Je la quitterai le coeur gros mais l’esprit un peu plus léger.

 

Octobre, je prends mes quartiers à New York après un voyage de 25 heures

 

Depuis 6 ans, je passe au moins une partie du mois dans cette ville à l’occasion de la convention de New York.

Je loue au petit appart dans les Washington heights, c’est un peu loin mais tranquille.

Il fait froid aussi, je n’ai plus l’habitude.

 

Les premiers jours sont dédiés à la convention. Il faut faire les commissions, et voir les amis et connaissances qui sont là pour l’occasion. Beaucoup ne m’ont pas vue depuis l’an dernier, il me faudra encore et encore expliquer ma situation.

Le week end est dur pour mon moral et me laisse vidée et malade.

A ce moment là, j’ai beaucoup de retard pour mon travail sur League of Legend et je décide de prendre un abonnement d’un mois dans un studio en coworking à Times square.

Je devrais finalement me désolidariser du projet Scarlet Witch; et Batman, en devenant 2 tomes au lieu d’un, m’échappe également, remplacé par un futur tome sur Batwoman avec ma compagne d’armes Marguerite Bennett.

 

J’ai aimé mon espace de travail sur Times Square. La vue y est vertigineuse et la compagnie interessante. J’y travaille souvent jusque 3h30 heures du matin et appelle un Uber pour rentrer dormir. Ma limite étant désormais d’être au lit à 4h du matin au plus tard.

 

Je fête Halloween avec mes amis New yorkais avant de prendre l’avion, le 2 octobre, pour Leeds, où se tient la convention Thought Bubbles.

La ville est froide mais la convention sympa.

Je passerai ma première semaine à me balader en Angleterre que je ne connais que peu pour finir chez mon scénariste de prédilection, à Londres pour 15 jours.

 

Ça fait déjà quelques années que l’on parle d’un projet en creator owned. Ce sera l’occasion d’en parler plus sérieusement. C’est terrifiant mais terriblement excitant. ( Au passage, image comics = 80% de droits d’auteurs )

Ces quelques jours passeront incroyablement vite. Je réalise que je ne me suis pas posée depuis vraiment longtemps et la seule envie que j’ai, c’est de me reposer.

 

Fin novembre, retour en France. Apres un passage éclair à Toulouse, j’envahis l’espace de mes amis parisiennes. On parle boulot beaucoup. La journée, je travaille en espace coworking, comme à mon habitude. Un chouette espace appelé Hubsy me convainc pour ces quelques jours.

C’est aussi l’occasion de revoir mes amis parisiens mais le temps passe vite.

 

Fin décembre, j’accepte un travail de dernière minute pour une série tv et je finis enfin League of Legends, avec 6 mois de retard. (Pas de deadlines, pas de pages, pas de ma faute)

Mon année a été exceptionnelle. Émotionnellement éprouvante, riche et joyeuse parfois, triste aussi, plus souvent que je n’aurais aimé, mais ce n’est pas de ça dont je me rappellerai dans quelques années. Je me rappellerai des gens que j’ai rencontré sur mon chemin, qui m’ont aidé à me retrouver, des lieux que j’ai visité, et de la force que j’ai pu puiser dans tout ça.

 

Aujourd’hui, on est le 7 mars, je finis ce résumé depuis la bibliotheque municipale de Perth, en Australie. Je me fixerai surement, bientôt, mais pour le moment, c’est courir avec ma grosse valise qui me convient. Rencontrer des personnes nouvelles. Visiter des endroits dont je n’ai jamais pu que rêver et travailler dans des conditions rocambolesques.

Vous me croiserez peut-être un jour, sur les routes où en convention, tres certainement avec mon ordinateur à l’épaule. Et je vous raconterai alors les milliers d’histoires qui ont fait mon année si vous en avez la patience.

D’ici là, je vous dis à un de ces jours sur la toile.

 

 

 

 

Voilà, c’était le récit de mon année d’illustratrice.

Il y a quelques années, au début de mon étape Berlinoise, je vous avait déjà raconté la dureté de ce métier, dans une année compliquée,

Au final, après ces quatre années qui séparent ces deux récits, je ne peux constater que mon métier est important pour moi et quelques autres qu’il a la chance de toucher.

Il me nourrit, me fait rencontrer des chouettes personnes et me donne un but lorsque plus rien d’autre ne me tient la tête hors de l’eau.

Si j’osais, je citerai moi aussi Carrie Fisher, comme Meryl Streep l’a fait

 » Take your broken heart; make it into art. »

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout

15 comments for “2016, Karma walks with me.

  1. mars 8, 2017 at 11:31

    j adore le titre *o* <3

  2. mars 8, 2017 at 1:31

    Bravo, c’est très inspirant !!

  3. mars 8, 2017 at 1:25

    Merci, ça remue… Encore plus quand le récit s’achève à Perth, où j’étais il y a… 6 ans ?
    Et bravo pour ce très beau parcours !

  4. Alice L
    mars 8, 2017 at 1:50

    Vous êtes autant une source d’inspiration que votre travail <3 Merci de partager vos expérience, et d'être aussi disponible et encourageante.
    Je vous souhaite plein d'autres belles aventures et beaucoup de courage 🙂

    • Alice L
      mars 8, 2017 at 7:25

      …expérienceS…

  5. mars 8, 2017 at 4:33

    Stéphanie Hans il faudrait que tu compresse la photo, des gens arrivent pas a charger la page :'( moi même ça a prit un bon moment 😮

  6. mars 8, 2017 at 8:31

    Souvenirs, souvenirs 🙂

  7. mars 8, 2017 at 9:31

    c’est réparé

  8. mars 8, 2017 at 9:31

    Super.

  9. mars 8, 2017 at 10:31

    mon theme était dur à charger, je l’ai changé

  10. mars 9, 2017 at 2:32

    J’ai adoré ce récit d’aventures, de voyages, d’illustrations. <3

  11. mars 9, 2017 at 4:32

    Merci. Ã?a a été une grosse année 🙂

  12. mars 9, 2017 at 5:32

    Merci pour ce partage. Et plein de bonnes choses pour 2017 !

  13. mars 9, 2017 at 11:33

    Ce compte rendu annuel est vraiment super

  14. mars 10, 2017 at 1:31

    Superbe compte-rendu 🙂 !

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